Forêts & lacs

Une nuit de bivouac près du lac de Chalain, dans le Jura

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J’avais monté ma tente en fin de journée sur une clairière discrète en hauteur du lac de Chalain, assez loin des plages surveillées pour rester tranquille, mais pas si loin que je ne puisse pas rejoindre l’eau en dix minutes de marche. Le bivouac libre n’est pas autorisé partout autour du lac, et j’avais passé une bonne partie de l’après-midi à repérer un coin en lisière de forêt qui respectait les règles du site tout en offrant un peu de calme.

Comment je suis arrivée jusqu’ici

Je suis descendue en train jusqu’à Lons-le-Saunier, la ville la plus proche desservie par une ligne régulière, puis j’ai poursuivi en covoiturage jusqu’au village le plus proche du lac, à une petite demi-heure de route à travers des paysages de plateau karstique typiques du Jura, alternant prairies, murets de pierre sèche et bosquets de hêtres. Sans voiture, la dernière partie du trajet reste le point délicat : les liaisons en car sont rares, et beaucoup de visiteurs finissent par marcher plusieurs kilomètres depuis l’arrêt le plus proche, sac au dos.

J’ai choisi de faire cette dernière portion à pied, en fin de matinée, ce qui m’a laissé toute l’après-midi pour repérer les zones de bivouac autorisées avant que la lumière ne baisse. C’est un détail que je recommande à quiconque n’a jamais visité le site : arriver tôt, plutôt que de chercher un emplacement dans la précipitation en fin de journée.

Installer un camp avant que la lumière ne baisse

Je m’y prends toujours de la même façon : arriver assez tôt pour monter la tente en pleine lumière, plutôt que de tâtonner dans le noir. Ce jour-là, le sol calcaire sous les hêtres a rendu l’opération plus longue que prévu, les sardines refusant de s’enfoncer dans la terre dure, et j’ai fini par caler ma tente avec des pierres plates trouvées aux alentours. Ce genre de contretemps m’agace toujours un peu sur le moment, avant de devenir, une fois le camp installé, un détail qu’on oublie vite.

Le lac de Chalain occupe une cuvette entourée de forêts de hêtres et de sapins, avec une eau turquoise qui surprend toujours ceux qui ne connaissent pas encore le Jura. Depuis mon emplacement, en surplomb, je voyais l’eau changer de couleur à mesure que le soleil descendait, du turquoise franc de l’après-midi à un bleu plus sombre, presque gris, dans les dernières lueurs.

Ce que j’ai emporté, et ce que j’aurais dû laisser

Pour une nuit de bivouac, j’essaie toujours de limiter le poids au strict nécessaire : tente légère, sac de couchage adapté à des nuits fraîches plutôt qu’à la température affichée de la journée, réchaud, et peu de vêtements de rechange. Ce jour-là, j’avais malgré tout emporté un livre que je n’ai pas ouvert une seule fois, trop occupée à regarder le lac changer de lumière, et un matelas de sol un peu trop fin pour le terrain caillouteux que j’ai trouvé sur place. J’ai fini par glisser mon sac à dos sous mes hanches pendant la nuit, une solution de fortune qui n’a qu’à moitié fonctionné.

C’est une leçon que je retiens à chaque bivouac sur sol calcaire : le confort de la nuit dépend autant du matelas que de la tente elle-même, et un modèle un peu plus épais, même au prix de quelques centaines de grammes supplémentaires, change complètement la qualité du sommeil.

Le silence après le départ des baigneurs

Les plages du lac, très fréquentées en journée l’été, se vident presque entièrement en fin d’après-midi. J’ai profité de ce moment pour descendre nager une dernière fois, seule sur une portion de rive normalement bondée quelques heures plus tôt. L’eau, encore tiède de la journée de soleil, contrastait avec l’air qui commençait déjà à fraîchir sous les arbres.

En remontant vers mon camp, j’ai croisé un garde du site naturel qui m’a simplement rappelé les règles du bivouac, sans reproche, avant d’ajouter : « le lac est plus beau sans personne, vous avez bien choisi votre heure. »

Je suis remontée m’installer pour la soirée avec ce sentiment particulier qu’on ressent quand un lieu très fréquenté redevient, pour quelques heures, presque entièrement calme. J’ai préparé un repas simple sur mon réchaud, assise en tailleur face à l’eau, en écoutant les premiers cris d’oiseaux nocturnes remplacer le bruit des familles de l’après-midi.

Une nuit sous les hêtres

La nuit en forêt, même en été, apporte toujours un froid que je sous-estime systématiquement, malgré des années de bivouac. J’ai dormi par intermittence, réveillée deux fois par le bruit d’un animal que je n’ai jamais identifié avec certitude, probablement un chevreuil traversant la clairière. Ce genre de réveil, plutôt que de m’inquiéter, finit toujours par m’amuser un peu : le corps se raidit une seconde, puis se détend en reconnaissant qu’il n’y a rien de menaçant, juste la forêt qui continue de vivre autour de la tente.

Je me suis réveillée avant l’aube, comme souvent en bivouac, et je suis sortie de la tente pour regarder le lac se dévoiler doucement sous la brume matinale. C’est le moment que je préfère dans ce genre de nuit passée dehors, celui où le paysage semble n’appartenir qu’à moi pendant quelques minutes, avant que le reste du site ne se réveille.

À qui ce genre de nuit convient vraiment

Je ne recommanderais pas cette sortie à qui découvre le bivouac pour la première fois seule : le sol difficile, le froid nocturne et l’absence totale de confort demandent une certaine habitude, ou au moins une nuit d’entraînement plus proche de la voiture. En revanche, pour qui a déjà dormi dehors quelques fois et cherche un cadre plus sauvage qu’un camping classique, sans pour autant s’éloigner de toute civilisation, Chalain reste un excellent compromis, à condition de respecter scrupuleusement les zones autorisées.

Ce qu’il faut savoir avant de bivouaquer près de Chalain

  • Se renseigner précisément sur les zones autorisées, le bivouac libre n’est pas permis partout autour du lac
  • Le sol calcaire sous les hêtres rend le plantage de sardines difficile par endroits, prévoir des piquets adaptés ou des pierres pour caler la tente
  • Les nuits d’été restent fraîches en forêt, ne pas se fier à la chaleur de la journée pour le choix du sac de couchage
  • Arriver avant la tombée de la nuit pour installer le camp en pleine lumière

Le matin, avant que le lac ne se remplisse

J’ai plié ma tente au lever du jour, avant que les premières familles n’arrivent sur les plages en contrebas, et j’ai profité d’une dernière baignade dans une eau encore froide de la nuit, sans personne autour. C’est souvent ce moment-là, ce court intervalle entre le silence de la nuit et l’agitation du jour, qui reste le plus net dans mes souvenirs de bivouac, plus encore que le coucher de soleil de la veille.

Avant de reprendre la route vers Lons-le-Saunier, j’ai fait un détour par les cascades du Hérisson, à une petite demi-heure du lac, où une série de chutes s’enchaîne le long d’un sentier ombragé. Marcher entre les cascades après une nuit passée immobile dans la tente m’a fait du bien aux jambes, et le contraste entre l’eau calme du lac et l’eau vive des chutes résume assez bien, je trouve, tout ce que le Jura a à offrir en quelques kilomètres.

Je suis repartie du lac de Chalain avec les jambes un peu raides de la nuit passée sur un sol inégal, mais avec cette sensation familière que le corps, une fois réhabitué à dormir dehors, retrouve vite un sommeil différent, plus attentif, presque animal. C’est pour ça que je continue à choisir le bivouac plutôt que le camping organisé quand le site le permet : quelque chose se passe, entre le coucher et le lever du jour dehors, qui ne se reproduit jamais tout à fait de la même façon sous un toit.

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