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La vallée des lacs du Triglav se trouve dans le parc national du Triglav, dans les Alpes juliennes, au nord-ouest de la Slovénie. J’y suis allée après avoir longtemps hésité, en partie parce que je trouvais peu d’informations honnêtes en français sur la difficulté réelle du parcours. Ce texte est ce que j’aurais aimé lire avant de partir, sans enjolivement et sans minimiser non plus ce que ça demande physiquement.
Où commence la vallée, et comment y accéder
L’accès classique se fait depuis Bohinj, le grand lac au sud du massif, en train jusqu’à la gare de Bohinjska Bistrica puis en bus jusqu’au lac lui-même. De là, plusieurs itinéraires montent vers la vallée des lacs, certains par le téléphérique de Vogel qui raccourcit nettement la première partie, d’autres à pied depuis le bord du lac, ce qui rallonge sérieusement la première journée. J’ai choisi la marche complète, et je ne suis pas certaine de recommander ce choix à quelqu’un qui n’a qu’un temps limité, tant la montée initiale est raide et peu ombragée sur ses premiers kilomètres.
Le balisage slovène, simple à condition de le connaître
Le balisage utilisé dans tout le pays est le même partout : un cercle rouge avec un centre blanc, appelé marque de Knafelc du nom de l’alpiniste qui l’a conçu. Une fois qu’on a compris ce système, on ne se perd plus, il est présent partout, peint sur les rochers et les arbres. Ce qui m’a surprise en revanche, c’est la fréquence des intersections dans la vallée elle-même, où plusieurs sentiers se croisent entre les lacs, les cabanes et les cols environnants. J’ai vérifié la carte à chaque croisement les deux premiers jours, par prudence, avant de me sentir vraiment à l’aise.
Ce n’est pas un sentier qu’on suit sans réfléchir : c’est un réseau de chemins qui se répondent, et il faut savoir lequel on a choisi avant de se laisser porter par le paysage.
Deux jours, pas plus, mais un dénivelé qui trompe
La traversée de la vallée elle-même, d’un bout à l’autre, peut se faire en deux journées pour quelqu’un d’entraîné, avec une nuit en refuge au milieu. Mais le dénivelé cumulé sur l’ensemble du parcours, en comptant la montée initiale depuis le lac de Bohinj et les cols qui encadrent la vallée, dépasse largement ce que la distance sur la carte laisse deviner. Les sentiers alternent entre pierriers, passages rocheux équipés de mains courantes par endroits, et zones de neige résiduelle même en plein été sur les versants nord. J’ai vu des randonneurs visiblement mal préparés rebrousser chemin dès la première montée, ce qui m’a semblé être la bonne décision plutôt qu’un échec.
Les refuges, l’eau, et ce qu’on ne trouve pas sur place
Les refuges de montagne, appelés koče en slovène, jalonnent la vallée et permettent de dormir et de manger sans porter de tente ni de réchaud. Je n’ai pas de chiffres précis à donner sur leur capacité ou leurs horaires, qui varient d’une saison à l’autre, mais leur simple existence change complètement la logistique par rapport à un trek autonome. Ce qu’on ne trouve pas sur place, en revanche, c’est du matériel de rechange : pas de magasin, pas de pharmacie, rien pour remplacer une chaussure qui lâche ou un bâton cassé. Voici ce que j’ai gardé dans mon sac tout au long du parcours :
- Des chaussures de randonnée robustes à tige haute, à cause des pierriers et des névés
- Des bâtons de marche, utiles autant à la montée qu’à la descente sur les passages instables
- Une gourde filtrante, pour compléter aux sources sans dépendre uniquement des refuges
- Une couche chaude et un coupe-vent, même en été, pour les cols exposés
- Une carte papier de la région, le réseau mobile étant très inégal dans la vallée
Le moment où j’ai su qu’il fallait redescendre
Le deuxième jour, en approchant d’un des cols qui referment la vallée côté nord, le ciel a changé de couleur en moins d’une demi-heure, passant d’un bleu clair à un gris chargé qui roulait vite au-dessus des crêtes. J’étais seule sur ce tronçon, sans personne devant ni derrière depuis un moment. J’ai choisi de redescendre vers le refuge le plus proche plutôt que de tenter le col, en me disant que le mauvais temps en altitude, dans un massif que je ne connaissais pas encore, n’était pas le moment d’improviser. Je n’ai jamais regretté ce choix, même si cela m’a coûté une correspondance prévue le lendemain.
Quand partir, et ce que la saison change au parcours
Je suis passée par la vallée en plein été, et même à cette période, la neige résiduelle sur certains versants nord m’a rappelé à quel point la fenêtre pour ce genre de traversée reste courte dans les Alpes juliennes. Avant le mois de juin, plusieurs passages restent enneigés et demandent un équipement que je n’avais pas, crampons légers et parfois piolet selon les années. Après la mi septembre, les refuges commencent à fermer les uns après les autres, ce qui réduit fortement les options pour dormir sur place et oblige à revoir tout le déroulé du parcours. J’ai discuté avec une gardienne de refuge qui m’a confirmé que la période la plus sûre reste globalement juillet et la première moitié d’août, malgré une fréquentation plus importante à cette période, ce qui n’est pas forcément un inconvénient dans un terrain aussi isolé où croiser d’autres marcheurs rassure autant que ça encombre le sentier.
Le rythme des randonneurs croisés en chemin
Ce qui m’a marquée sur ce parcours, c’est la diversité des profils croisés, des familles slovènes qui semblaient connaître chaque pierre du sentier depuis l’enfance jusqu’à des groupes venus de bien plus loin, parfois mal préparés pour un terrain de cette exigence. J’ai vu des chaussures de ville sur des pierriers instables, et à l’inverse des marcheurs solitaires équipés comme pour une expédition, pour un itinéraire qui reste malgré tout accessible à qui prend le temps de bien se préparer. Cette diversité m’a rappelé que la vallée du Triglav n’a pas la réputation internationale d’autres massifs alpins plus connus, ce qui la rend à la fois plus tranquille et plus imprévisible pour ceux qui sous estiment sa difficulté réelle en pensant qu’un massif moins célèbre est forcément plus facile. Je suis repartie de ce voyage avec l’idée que la discrétion d’un massif ne dit rien de son exigence réelle, et que c’est précisément cette absence de notoriété qui demande le plus de prudence, faute de retours d’expérience largement partagés en français sur ce terrain particulier.
Ce que je retiens
La vallée des lacs du Triglav reste l’un des endroits les plus impressionnants où j’aie marché en Europe, à la fois par la couleur de l’eau, d’un vert presque irréel, et par la sensation d’être vraiment en montagne, loin des sentiers trop lissés. Mais c’est un terrain qui demande d’être honnête avec soi-même sur son niveau, sur la météo du jour, et sur le moment où il vaut mieux redescendre que continuer. Ce n’est pas une randonnée à prendre à la légère parce qu’elle est belle sur les photos.


