Grands espaces

Sur le plateau de Millevaches, le vide qui fait du bien

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Je suis arrivée sur le plateau de Millevaches, à cheval entre le Limousin et l’Auvergne, sans grande attente, un peu par hasard, en cherchant sur une carte un endroit assez peu fréquenté pour marcher plusieurs jours sans croiser grand monde. Le nom, qui n’a rien à voir avec les vaches mais viendrait d’un ancien mot désignant les sources, m’avait surtout intriguée.

Un plateau qui ne cherche pas à convaincre

Millevaches n’a rien d’un site touristique au sens habituel du terme. Pas de monument célèbre, pas de panorama vendu comme incontournable, seulement des landes, des tourbières et des forêts de résineux qui s’étendent sur un plateau d’altitude modérée, battu par le vent presque toute l’année. J’ai marché plusieurs heures sur des chemins peu marqués, entre bruyères et genêts, sans croiser personne d’autre qu’un tracteur au loin.

Le sol, souvent gorgé d’eau à cause des nombreuses tourbières, ralentit naturellement la marche, obligeant à contourner des zones humides qu’on ne voit pas toujours venir sous la végétation basse. J’ai fini les chaussures trempées avant midi, ce qui m’a d’abord agacée avant de devenir, comme souvent, un détail sans importance face au reste de la journée.

Comment rejoindre le plateau, et où poser ses affaires

La gare la plus pratique reste celle d’Ussel, sur la ligne qui descend de Limoges vers Clermont-Ferrand, un trajet tranquille qui traverse déjà une partie du Limousin boisé avant d’atteindre les premiers reliefs du plateau. D’Ussel, il n’existe pas de transport régulier vers le cœur du plateau : la meilleure option reste la voiture de location ou un taxi réservé à l’avance, pour une route de campagne qui serpente entre forêts et prairies avant de s’ouvrir d’un coup sur les premières landes.

J’ai dormi dans un petit gîte tenu par un couple d’agriculteurs reconvertis, à quelques kilomètres de Meymac, une option que je recommande à qui cherche un contact réel avec le territoire plutôt qu’un simple lit pour la nuit. Les hébergements restent rares sur le plateau lui même, la plupart concentrés dans les villages en périphérie comme Meymac, Peyrelevade ou Gentioux-Pigerolles, ce qui impose de réserver avant de partir plutôt que de compter trouver une chambre sur place.

Ce que l’absence de but précis autorise

Je n’avais pas d’objectif précis ce jour-là, pas de sommet à atteindre, pas de site remarquable à cocher. J’ai simplement marché en suivant les chemins qui se présentaient, changeant de direction au gré de l’envie, ce que je fais rarement sur des terrains plus exigeants où la sécurité impose davantage de préparation. Le plateau de Millevaches, par son absence de danger réel et son relief modéré, se prête particulièrement bien à ce genre de marche sans plan.

Un habitant croisé près d’une ferme isolée m’a dit du plateau : « ici, les gens viennent surtout pour ne rien chercher de précis, et souvent ils trouvent plus que prévu. »

J’ai fini par m’asseoir au bord d’une tourbière, face à une étendue de bruyère qui s’étendait jusqu’à l’horizon sans rien pour l’interrompre, et j’ai laissé passer près d’une heure sans bouger, sans autre occupation que le vent et le bruit lointain d’un oiseau que je n’ai jamais identifié.

Le temps qu’il faut, et ce que j’ai sous-estimé

Je pensais boucler une boucle d’une demi-journée en partant tôt le matin, comptant sur un rythme de marche habituel sur terrain plat. J’ai largement sous-estimé le temps que prend la traversée des zones tourbeuses, où chaque pas demande une attention que le regard, occupé par l’horizon, oublie facilement de porter au sol. Ce que j’avais prévu pour trois heures m’en a pris près de cinq, sans compter les pauses.

Mon erreur, ce jour là, a été de partir en chaussures de randonnée légères plutôt qu’en chaussures montantes et imperméables, pensant que le plateau, vu depuis la route, semblait sec. La réalité du terrain, une fois dedans, est tout autre : l’eau affleure presque partout sous la mousse et la bruyère, et des chaussures adaptées font une vraie différence sur la durée d’une journée entière.

Le vent, presque continu sur ce relief ouvert, impose aussi de prévoir une couche chaude même en plein été, la sensation de froid arrivant vite dès qu’on s’arrête de marcher, y compris sous un ciel dégagé et un soleil apparemment généreux.

La solitude comme ingrédient, pas comme manque

Ce qui frappe le plus sur ce plateau, c’est la rareté presque totale de présence humaine, même en pleine saison. J’ai marché une journée entière sans croiser un seul autre randonneur, ce qui m’a d’abord semblé étrange avant de devenir précisément ce que je recherchais. Cette solitude n’a rien d’inquiétant sur un terrain aussi peu accidenté : elle se vit plutôt comme un luxe, de plus en plus rare dans des massifs plus connus où l’on croise du monde même sur les sentiers les plus reculés.

Cette rareté tient aussi à l’histoire du plateau, longtemps marqué par l’exode rural et par une activité agricole qui n’a jamais attiré le tourisme de masse installé ailleurs dans les massifs voisins. Les fermes isolées, souvent à moitié abandonnées, ponctuent le paysage sans jamais le peupler vraiment, et cette absence presque structurelle de monde donne au plateau une atmosphère qu’on ne retrouve pas dans des régions plus fréquentées, où même les coins les plus reculés finissent par attirer du passage.

Pour qui ce plateau convient, et l’idée qu’on peut y associer

Millevaches convient particulièrement à celles et ceux qui ont besoin de ralentir sans discipline imposée, sans horaires ni parcours balisé à suivre à la lettre. Les personnes en recherche de repos mental plus que de performance physique y trouvent un terrain idéal, à condition d’accepter l’absence quasi totale de repères touristiques classiques.

Pour compléter la journée sans quitter tout à fait l’esprit du lieu, je conseille une halte dans l’un des villages de caractère en bordure du plateau, où subsistent encore des maisons en granit et quelques ateliers d’artisans installés pour la tranquillité des lieux, une façon douce de refermer une journée passée surtout seule face au vent.

Pour marcher sur le plateau sans se perdre

  • Prévoir des chaussures imperméables, les tourbières rendent le sol humide même par temps sec
  • Emporter une carte précise, le balisage reste discret sur ce plateau peu fréquenté
  • S’attendre à une solitude quasi totale même en pleine saison
  • Prévoir un vêtement chaud, le vent souffle presque en permanence sur ce relief ouvert

Je suis repartie du plateau de Millevaches sans photo spectaculaire à montrer, sans sommet gravi ni cascade admirée, mais avec cette sensation précise d’avoir passé une journée entière dans un espace qui ne demandait rien de moi, ni performance ni objectif. C’est peut-être le genre de vide le plus rare à trouver aujourd’hui, et le plus précieux une fois trouvé.

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