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J’étais garée depuis vingt minutes sur le parking de la plage de Broussas avant de me décider à sortir de la voiture, parce que le ciel était couvert et que l’eau du lac de Vassivière, même en plein mois de juillet, a la réputation de rester froide bien plus longtemps que la saison ne le laisse croire. J’ai fini par enfiler mon maillot dans la voiture, les mains un peu gourdes, et j’ai marché pieds nus jusqu’au bord.
Comment rejoindre ce plateau du Limousin
Le lac de Vassivière n’est pas simple d’accès sans voiture. Je suis descendue en train jusqu’à Limoges depuis Paris, avec un changement, puis j’ai loué une voiture pour la dernière partie du trajet, une bonne heure de route à travers des paysages de bocage puis de forêts de résineux de plus en plus denses à mesure qu’on approche du plateau. Il existe des liaisons en car depuis Limoges vers les communes proches du lac, mais elles sont peu fréquentes, et je ne les recommanderais qu’à qui a du temps devant soi et pas d’horaire précis à tenir.
Une fois sur place, le plateau se révèle plus vaste qu’on ne l’imagine sur une carte : plusieurs plages sont réparties tout autour du lac, certaines aménagées avec surveillance en saison, d’autres plus discrètes, accessibles seulement par un sentier forestier. J’ai choisi Broussas pour son parking facile et sa pente douce dans l’eau, plus adaptée à une entrée progressive qu’une plage rocheuse.
Un lac artificiel qui ne ressemble à rien d’artificiel
Le lac de Vassivière occupe un plateau du Limousin, entouré de forêts de résineux et de landes basses, et rien dans le paysage ne trahit qu’il s’agit d’un lac de barrage né au vingtième siècle. L’eau y est brune, presque tourbeuse par endroits, chargée des sédiments qu’elle traverse depuis les tourbières environnantes. J’aime cette couleur plus que le bleu franc qu’on attend d’un lac de montagne : elle donne au plateau une lumière particulière, mate, qui ne renvoie jamais l’éclat aveuglant qu’on trouve ailleurs.
Je me suis avancée dans l’eau lentement, par paliers, comme on m’a appris à le faire il y a longtemps pour ne pas couper la respiration d’un coup. Le froid est monté par vagues, chevilles, genoux, cuisses, et j’ai résisté à l’envie de faire demi-tour avant de plonger d’un coup, tête la première, pour en finir avec l’hésitation.
Ce que le froid fait, une fois qu’on l’accepte
Les premières secondes après l’immersion sont toujours les plus dures : le souffle se coupe court, le corps se raidit, l’envie de ressortir devient presque irrésistible. Puis quelque chose bascule, généralement au bout d’une minute, quand la respiration retrouve un rythme et que le froid cesse d’être une agression pour devenir simplement une sensation. J’ai nagé une vingtaine de minutes ce jour-là, en longeant la rive boisée, sans jamais m’éloigner trop du bord.
Un habitué du lac, croisé en sortant de l’eau, m’a dit qu’il venait nager ici toute l’année, même en hiver, « parce qu’après, plus rien ne semble aussi grave qu’avant d’entrer ».
Je ne suis pas sûre de partager complètement cette philosophie, mais je comprends ce qu’il voulait dire. En sortant de l’eau, enveloppée dans une serviette trop fine sur la plage presque déserte, j’avais l’esprit étrangement clair, débarrassé pour un moment des pensées qui tournaient en boucle depuis le matin.
Ce que je n’avais pas prévu, et que j’aurais dû
J’avais oublié des chaussures d’eau, une erreur que je fais encore régulièrement malgré les années passées à conseiller le contraire aux autres. Le fond du lac, à Broussas, alterne entre sable fin et zones plus caillouteuses où j’ai fini par avancer avec une prudence exagérée, les pieds tendus, redoutant à chaque pas une pierre coupante. Rien de grave ne m’est arrivé, mais la baignade aurait été bien plus agréable les pieds protégés.
J’avais aussi sous-estimé le temps que prend le corps à se réchauffer une fois sorti de l’eau, même par une journée d’été. Il m’a fallu près d’une demi-heure, enveloppée dans ma serviette puis dans une veste polaire, avant de retrouver une sensation de chaleur normale, ce qui m’a appris à toujours prévoir un vêtement chaud à portée de main plutôt que de compter sur le soleil pour faire le travail.
L’île de Vassivière, un détour qui vaut le détour
L’après-midi, j’ai marché jusqu’à la passerelle qui mène à l’île de Vassivière, où un centre d’art contemporain s’est installé au milieu des pins. Le contraste entre les sculptures modernes et la forêt dense qui les entoure m’a d’abord paru étrange, presque déplacé, avant que je ne comprenne l’intérêt du lieu : le silence du plateau donne à chaque œuvre un espace démesuré, sans les foules qu’on trouverait dans un musée urbain.
J’ai fait le tour de l’île en un peu plus d’une heure, sur des sentiers ombragés qui redonnent régulièrement sur l’eau, avant de revenir vers la plage pour une deuxième baignade, plus brève, juste avant que le soleil ne baisse franchement derrière les résineux. Cette deuxième entrée dans l’eau, en fin de journée, m’a semblé presque plus facile que la première, comme si le corps gardait en mémoire, quelques heures plus tard, la façon de gérer le choc du froid.
Pour qui ce lac est fait
Je ne conseillerais pas Vassivière à qui cherche une eau tiède et des plages animées : le plateau reste frais toute l’année et attire un public plutôt calme, familles en semaine, nageurs réguliers, quelques pêcheurs postés en silence sur les rives. Pour qui veut une baignade sportive, sans façon, entourée de forêt plutôt que de bars de plage, c’est en revanche exactement le bon endroit.
Pour une baignade en eau froide sans mauvaise surprise
- Entrer par paliers plutôt que d’un coup, la première minute est toujours la plus difficile
- Ne jamais nager seule loin du bord sur un lac aussi grand et aussi frais
- Prévoir une serviette épaisse, des vêtements chauds à enfiler tout de suite après, et des chaussures d’eau si l’on ne connaît pas la plage
- Se renseigner sur la température de l’eau avant de venir, elle reste fraîche bien après le printemps
Pourquoi ce lac plutôt qu’un autre
Je suis retournée plusieurs fois à Vassivière depuis, toujours pour la même raison au fond : ce plateau du Limousin n’a rien de spectaculaire au sens où on l’entend habituellement en voyage. Pas de sommet, pas de côte, juste une étendue d’eau brune entourée de forêts tranquilles. C’est peut-être justement cette absence de mise en scène qui rend le lieu si efficace pour se recentrer. On n’y vient pas pour la photo, on y vient pour l’eau froide et le silence des résineux, et les deux suffisent largement.
J’ai gardé, depuis cette première baignade, une habitude que je répète chaque fois que je traverse une période chargée : chercher un plan d’eau frais, m’y immerger lentement, et laisser le froid faire le tri dans mes pensées mieux que n’importe quelle promenade.


