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Je me souviens d’un trajet en car entre Grenoble et un petit village du Vercors, presque deux heures sur une route qui n’arrête pas de tourner, assise dans un siège trop droit pour mon dos. En descendant, j’ai mis presque dix minutes avant de pouvoir me redresser complètement. Ce n’était pas la marche qui m’avait fatiguée ce jour-là, c’était le trajet lui-même.
Ce que les longs trajets font au corps
On pense souvent que le corps se repose quand il est assis, dans un train ou une voiture, immobile pendant des heures. C’est l’inverse qui se produit. Rester assise longtemps, surtout dans un siège mal adapté, comprime le bas du dos et bloque les hanches d’une façon que la marche ne fait jamais. J’ai vu des personnes descendre d’un car après cinq heures de route, raides comme si elles venaient de porter un sac trop lourd toute la journée, alors qu’elles n’avaient rien fait d’autre que rester assises.
Ce qui use, ce n’est pas la distance parcourue en elle-même, c’est l’immobilité prolongée dans une même posture. Le corps est fait pour changer de position régulièrement, et un trajet de plusieurs heures, en train comme en voiture, le prive justement de ce mouvement.
Ce que je fais pendant le trajet
- Je change de position toutes les demi-heures environ, même légèrement, en croisant les jambes autrement ou en décalant mon dos contre le siège
- Je profite de chaque arrêt, même de cinq minutes, pour me lever et marcher un peu sur le quai ou sur l’aire d’autoroute, plutôt que de rester assise par flemme
- Je place quelque chose de souple dans le bas du dos quand le siège est trop droit, un vêtement roulé suffit largement
Le cas particulier du train
Le train laisse plus de liberté de mouvement que la voiture, et j’en profite systématiquement. Sur les longs trajets, comme Paris vers Nice ou Bordeaux vers Toulouse, je me lève toutes les heures, même juste pour aller jusqu’au bout du wagon et revenir. Ce n’est pas grand-chose, mais ça suffit à empêcher le dos de se bloquer complètement. Je me souviens d’un trajet de nuit où je n’avais pas fait ça, par fatigue, et je suis arrivée le lendemain matin avec un dos si raide que la première heure de marche prévue au programme a dû être remplacée par une pause assise sur un banc, le temps que ça se débloque.
Les bagages posés sur les genoux n’aident pas non plus. Je préfère les caler au-dessus ou à mes pieds, même si c’est un peu moins pratique pour y accéder, parce que le poids sur les cuisses pendant des heures finit par peser sur les hanches et le bas du dos.
La voiture est plus difficile à gérer
En voiture, on ne peut évidemment pas se lever toutes les heures si on conduit, et même en tant que passagère, on hésite parfois à demander un arrêt. J’ai appris à ne plus hésiter. Un trajet de trois heures en Ardèche, sur des petites routes sinueuses, mérite un arrêt au milieu, ne serait-ce que dix minutes, pour marcher un peu et étirer les jambes. Ce n’est pas une perte de temps, c’est un investissement pour arriver dans un état correct plutôt qu’ankylosée.
Le siège compte aussi. Un dossier trop incliné en arrière semble confortable au début, mais il pousse les épaules vers l’avant et fatigue la nuque sur la durée. Je préfère un dossier plus droit, quitte à sembler moins détendue, parce que je sais que je m’en sors mieux à l’arrivée.
Le corps qui a le plus mal en arrivant n’est pas celui qui a le plus marché, c’est souvent celui qui est resté le plus longtemps immobile.
Les épaules aussi comptent, pas seulement le dos
On parle beaucoup du bas du dos parce que c’est ce qui fait le plus mal en descendant du train, mais les épaules et la nuque encaissent tout autant sur un long trajet. Porter un sac à dos sur une seule épaule pendant qu’on marche jusqu’au quai, puis le garder coincé entre les jambes pendant des heures, dans une posture tordue pour ne pas gêner le voisin, finit par tirer sur les trapèzes d’une façon qu’on ne remarque qu’en se levant. J’ai pris l’habitude de retirer complètement le sac dès que je m’assois, de le poser à plat plutôt que de le garder contre moi, et de faire rouler mes épaules vers l’arrière toutes les demi-heures, un geste discret qui ne dérange personne autour et qui évite que la tension ne s’installe sur toute la durée du trajet.
Un trajet en bus de nuit vers un point de départ de randonnée dans les Alpes m’a appris cela à mes dépens, un dossier fixe qui ne s’inclinait pas et un sac que j’avais gardé sur les genoux par manque de place au-dessus. Le lendemain, ce n’est pas le dos qui me gênait le plus pour marcher, c’était la nuque, raide au point de ne pas pouvoir tourner la tête complètement d’un côté.
Arriver et reprendre le mouvement doucement
Après un long trajet, j’évite de me lancer directement dans une marche rapide ou une montée raide, même si le programme du séjour le prévoit. Le corps a besoin de quelques minutes pour redevenir mobile après des heures d’immobilité. Une marche lente de dix minutes en arrivant, avant de reprendre un rythme normal, fait une vraie différence sur la façon dont le reste de la journée se passe.
Je me souviens d’un groupe arrivé en fin de matinée après cinq heures de car pour rejoindre un sentier du Mercantour, avec un dénivelé de plus de six cents mètres prévu l’après-midi. Ceux qui se sont lancés directement dans la montée, sac au dos, ont souffert bien plus que ceux qui ont pris quinze minutes pour marcher tranquillement sur le parking avant de commencer. Ce n’est pas une question de forme physique, c’est une question de laisser le corps sortir progressivement de sa position assise prolongée.
Ce que je retiens
Les trajets longs ne sont pas un temps neutre entre deux étapes du voyage, ils comptent pour le corps autant que la marche elle-même. Bouger régulièrement, même un peu, profiter de chaque arrêt, soigner sa position plutôt que de subir le siège tel qu’il est, ce sont des gestes modestes qui évitent d’arriver ankylosée là où on aurait dû arriver reposée. C’est une leçon que le dos m’a apprise plus d’une fois, en particulier ce jour-là dans le Vercors où j’ai mis dix minutes à me redresser sur le trottoir devant le car.


