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Il y a des journées de marche qu’on planifie mal, ou que la météo transforme sans prévenir, et qui finissent bien plus longues et bien plus dures que prévu. Je pense à une journée dans les Pyrénées, un itinéraire censé prendre six heures qui en a pris presque neuf à cause d’un détour imposé par un pont emporté, avec un dénivelé final bien plus lourd que ce que le groupe avait anticipé. Le soir venu, ce n’est pas la marche du lendemain qui comptait le plus, c’était la façon dont on gérait cette soirée-là.
Les premières minutes après l’arrivée comptent
Ce que j’ai appris en encadrant des groupes, c’est que la façon dont on gère la première demi-heure après une journée trop dure influence beaucoup la suite. La tentation, en arrivant épuisée, est de s’asseoir immédiatement et de ne plus bouger. Je comprends cette envie, je l’ai ressentie moi-même bien des fois, mais j’ai vu qu’elle n’aide pas vraiment. Rester quelques minutes debout ou marcher doucement en arrivant, plutôt que de s’effondrer sur une chaise, aide le corps à faire la transition plus en douceur.
Je change aussi de chaussures dès que possible, même si cela demande un effort supplémentaire au moment où on a le moins envie de se pencher. Les pieds ont besoin de sortir des chaussures de marche, surtout après une journée plus longue que prévu, et ce simple geste change beaucoup la sensation générale du corps dans l’heure qui suit.
Ce que je fais dans l’heure qui suit l’arrivée
- Je bois régulièrement, par petites quantités, plutôt qu’en une seule fois en arrivant
- Je m’allonge les jambes légèrement surélevées quand c’est possible, contre un mur ou sur un sac
- Je mange quelque chose de consistant assez rapidement, même sans grande faim, plutôt que d’attendre le dîner officiel
Le sommeil de la nuit qui suit n’est pas garanti
On pourrait croire qu’après une journée aussi dure, le sommeil vient tout seul. Ce n’est pas toujours vrai. J’ai vu des personnes, épuisées physiquement, avoir du mal à s’endormir le soir même, le corps trop chargé de tension pour basculer facilement dans le sommeil. Un peu d’étirement doux avant de se coucher, rien d’intense, aide souvent plus que de se coucher directement en espérant que la fatigue suffira.
Cette nuit-là dans les Pyrénées, plusieurs personnes du groupe se sont réveillées avec les mollets complètement noués, tirées du sommeil par une crampe. Depuis, je conseille toujours de boire suffisamment dans les heures qui suivent une journée trop intense, pas seulement pendant la marche elle-même, parce que la déshydratation continue de peser sur le corps bien après l’arrêt.
Une journée trop dure ne se répare pas en une soirée, elle se répare sur les deux ou trois jours qui suivent, si on leur laisse la place.
Le lendemain n’est pas un jour comme les autres
La plus grosse erreur que j’ai vue, et que j’ai commise moi-même au début, c’est de reprendre le programme normal dès le lendemain, comme si la journée précédente n’avait pas laissé de trace. Le corps, lui, s’en souvient. J’ai appris à alléger systématiquement la journée qui suit une étape trop dure, même si le programme initial prévoyait autre chose. Une marche plus courte, un terrain plus plat, ou simplement une matinée plus tranquille avant de repartir, plutôt que d’enchaîner un dénivelé comparable à celui de la veille.
Ce n’est pas toujours possible, je le sais. Certains itinéraires ne laissent pas ce choix, surtout sur plusieurs jours en refuge où l’étape suivante est fixée par la géographie du terrain plus que par l’envie. Dans ce cas, je ralentis simplement le rythme dans la journée elle-même, en multipliant les pauses courtes plutôt qu’en cherchant à aller vite pour en finir.
Les pieds, souvent oubliés dans la récupération
On pense au dos, aux jambes, parfois aux épaules quand on porte un sac, mais les pieds restent souvent le dernier souci du soir alors qu’ils ont porté tout le poids de la journée. Après cette étape trop longue dans les Pyrénées, plusieurs personnes du groupe se sont contentées de retirer leurs chaussures sans plus y penser, et ont marché pieds nus sur le sol froid du gîte, ce qui n’a rien arrangé. J’ai pris l’habitude, ces soirs-là, de laver mes pieds à l’eau tiède si c’est possible, de les surélever quelques minutes, et de vérifier s’il y a une ampoule ou un point de frottement qui mérite d’être protégé avant de remettre des chaussures le lendemain. Ce sont des gestes qui prennent cinq minutes, mais qui évitent qu’un petit problème de peau ne devienne le vrai obstacle du jour suivant, bien plus limitant que la fatigue générale.
Je change aussi de chaussettes avant de dormir, même si elles ne semblent pas trempées. L’humidité accumulée sur une trop longue journée continue de travailler contre la peau pendant la nuit si on n’y fait pas attention, et je préfère repartir le lendemain avec des pieds qui ont eu le temps de sécher complètement.
Écouter ce que le corps dit vraiment
Il y a une différence entre la fatigue normale d’une bonne journée de marche et la fatigue plus lourde d’une journée qui est allée trop loin. La première se sent surtout dans les jambes, elle est presque agréable une fois assise. La seconde touche tout le corps, jusqu’à la tête parfois, avec une sensation de lourdeur qui ne part pas vite. Je n’ai jamais cherché à ignorer cette différence, et je ne conseillais jamais aux personnes que j’accompagnais de le faire non plus.
Quand cette fatigue plus lourde s’installe, je préfère m’arrêter plus tôt le jour suivant, même si cela signifie rater une partie du paysage prévu au programme. Un voyage qui laisse le corps trop abîmé pour profiter des jours suivants n’a pas vraiment tenu ses promesses, même si l’étape la plus dure a été techniquement accomplie.
Ce que je retiens de ces journées trop longues
Les journées qui dépassent ce qu’on avait prévu font partie du voyage, on ne les évite pas toutes, même avec la meilleure préparation. Ce qui fait la différence, c’est ce qu’on fait dans les heures et les jours qui suivent. Ralentir sans culpabiliser, boire et manger sans attendre d’avoir faim ou soif, alléger la suite du programme plutôt que de forcer par fierté. Ce sont des gestes simples, mais je les ai vus, année après année sur le terrain, faire la différence entre un voyage dont on revient reposée et un voyage dont on revient épuisée pour plusieurs semaines.


