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Je suis partie marcher aux abords de l’étang de Vaccarès un peu avant le lever du soleil, quand la lumière est encore grise et que les marais semblent totalement immobiles. J’avais entendu parler du silence de la Camargue plusieurs fois avant d’y venir, et je m’attendais à un vide sonore complet. Ce n’est pas exactement ce que j’ai trouvé.
Un silence rempli de vie
Le premier bruit qui m’a arrêtée, à peine cinq minutes après être sortie de la voiture, a été un vol de flamants roses décollant en groupe d’une roselière voisine, leurs ailes battant l’air dans un bruit sourd et régulier. Ce genre de son, dans un paysage qu’on imagine muet, a quelque chose de saisissant : le silence de la Camargue n’est jamais vraiment un silence, c’est plutôt une absence de bruit humain, remplacée par une bande sonore entièrement animale.
J’ai marché lentement le long des digues qui séparent les étangs, sur un terrain plat qui ne demande aucun effort particulier, mais où l’attention se déplace constamment : un héron immobile dans les roseaux, des chevaux camarguais broutant au loin, le bruit de l’eau qui clapote contre la berge sous l’effet du vent.
Comment rejoindre les marais, et par où commencer
La gare la plus commode reste celle d’Arles, desservie depuis Avignon ou Marseille, un trajet court qui traverse déjà des paysages de rizières et de vergers avant d’arriver dans la ville. D’Arles, aucun train ne descend jusqu’aux étangs eux mêmes : il faut louer une voiture ou, pour les journées les plus longues, un vélo, la Camargue se prêtant particulièrement bien à ce mode de déplacement sur ses digues plates et ses routes peu fréquentées.
Les derniers kilomètres avant l’étang de Vaccarès traversent un paysage qui change vite, des champs cultivés aux marais salants puis aux roselières, sans transition franche, comme si la terre elle même hésitait entre plusieurs états. Je conseille d’arriver avant l’aube pour profiter de la lumière basse et du réveil de la faune, un moment que la chaleur de milieu de journée efface complètement.
Pour dormir à proximité, les mas traditionnels reconvertis en chambres d’hôtes, disséminés autour de Saintes-Maries-de-la-Mer et du village des Salins, offrent un cadre plus proche de l’ambiance des marais que les hôtels du centre d’Arles. Mieux vaut réserver longtemps à l’avance en saison, l’offre restant limitée face à l’affluence estivale.
Ce que la platitude du paysage change dans la marche
Je marche habituellement en montagne ou sur des sentiers côtiers accidentés, et la Camargue m’a d’abord déstabilisée par sa platitude absolue. Sans dénivelé, sans obstacle, la marche devient presque méditative, rythmée uniquement par le bruit régulier des pas sur la digue et par les mouvements de la faune autour. J’ai fini par comprendre que cette absence de difficulté physique laissait toute la place à l’observation, d’une façon que je ne retrouve pas sur des terrains plus exigeants où l’attention reste concentrée sur les appuis.
Un gardian croisé à cheval, en tournée sur ses terres, m’a dit que la Camargue « se mérite par l’attention qu’on lui porte, pas par l’effort qu’on y met ».
J’ai croisé, en fin de matinée, un groupe de flamants roses filtrant l’eau saumâtre de leur bec incurvé, indifférents à ma présence tant que je gardais mes distances. Ce genre de rencontre, silencieuse et sans interaction, m’a semblé résumer assez bien ce que la Camargue propose : une présence discrète au milieu d’un écosystème qui continue de vivre sans se soucier du visiteur.
Le temps qu’il faut, et l’erreur que j’ai commise
Compter une matinée complète pour longer une portion significative de l’étang de Vaccarès, davantage si l’on veut s’arrêter observer, ce que je recommande sans réserve tant les occasions se multiplient à chaque détour de digue. J’avais prévu une simple marche de deux heures, un choix trop court une fois sur place : le paysage donne envie de ralentir plutôt que d’avancer, et j’ai fini par rester près du double du temps prévu.
Mon erreur, ce jour là, a été de sous-estimer la réverbération du soleil sur l’eau des étangs, pensant qu’un chapeau suffirait. J’ai fini la matinée avec les yeux fatigués et une sensation de chaleur sur le visage bien plus marquée que ce que la température ambiante seule aurait laissé prévoir, un piège classique sur ce genre de terrain ouvert et réfléchissant.
La chaleur, et ce qu’elle impose
En milieu de journée, la chaleur monte vite sur ce terrain découvert, sans arbre pour offrir de l’ombre. J’ai raccourci ma marche pour éviter les heures les plus chaudes, une prudence que je recommande systématiquement sur ce type de paysage, où l’absence de relief donne une fausse impression de facilité. Le soleil camarguais, réfléchi par l’eau des étangs, fatigue les yeux et la peau bien plus vite qu’on ne l’imagine en préparant la sortie.
Le vent, lui, joue un rôle presque contraire : il rafraîchit la peau tout en masquant la chaleur réelle, ce qui pousse facilement à rester exposée plus longtemps que nécessaire sans en ressentir les effets sur le moment. J’ai appris à m’en méfier autant qu’à en profiter, en buvant régulièrement même sans sensation de soif marquée, un réflexe que ce paysage plat et venteux impose plus qu’il n’y paraît au premier abord.
Pour qui ce silence fonctionne, et une idée pour la suite
La Camargue convient particulièrement à celles et ceux qui aiment observer sans intervenir, qui trouvent du repos dans l’attente plutôt que dans le mouvement. Les personnes plus habituées à un rythme rapide, au besoin de couvrir de la distance, peuvent au contraire trouver la lenteur imposée par ce paysage plate frustrante plutôt que reposante.
Pour prolonger la journée sans quitter l’esprit du lieu, une halte à Saintes-Maries-de-la-Mer en fin d’après-midi permet de retrouver un peu d’animation humaine après des heures passées seule face aux marais, un contraste que j’ai trouvé bienvenu plutôt que déceptif après une telle immersion dans le silence.
Pour marcher en Camargue sans se laisser surprendre
- Partir tôt le matin ou en fin d’après-midi, la chaleur de midi rend la marche inconfortable
- Emporter des jumelles, la faune se laisse surtout observer à distance
- Prévoir une protection solaire renforcée, le soleil se reflète fortement sur l’eau des étangs
- Garder le silence et la distance avec les troupeaux de chevaux et de taureaux
Je suis repartie de Camargue avec une idée du silence complètement différente de celle que j’avais en arrivant : non pas une absence de son, mais une présence sonore entièrement rendue à la nature, débarrassée du bruit humain. C’est peut-être ce genre de silence-là, finalement, qui repose le plus.


