Bord de mer

Étretat et les falaises d’Aval : ce qu’il faut savoir avant de marcher

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Étretat déçoit beaucoup de monde en dix minutes, et je le dis sans détour parce que je l’ai vécu moi-même la première fois : on descend du car, on rejoint la plage de galets, on prend la photo obligatoire de la falaise d’Aval et de son arche, et on repart en pensant avoir vu l’essentiel. C’est une erreur que je ne referai plus, et c’est pour l’éviter à d’autres que j’ai voulu revenir marcher sérieusement le long de cette côte, au-delà du point de vue instantané.

L’arrivée à Étretat et la déception du premier regard

Le village lui-même est petit, très fréquenté en saison, avec des halles à colombages et une foule dense sur la promenade en été. Rien de tout cela ne m’a vraiment parlé. Ce qui compte à Étretat, ce n’est pas le front de mer, ce sont les deux sentiers qui grimpent de chaque côté de la baie, vers la falaise d’Amont au nord et vers la falaise d’Aval puis la Pointe de la Courtine au sud. J’ai grimpé côté Aval en fin de matinée, un jour de semaine hors vacances scolaires, et la différence avec la plage en contrebas était immédiate : en dix minutes de montée, le bruit de la foule disparaît presque complètement.

Comprendre les marées avant de descendre sur les galets

C’est le point le plus sérieux que je veux transmettre ici. La plage de galets sous les falaises se réduit fortement à marée haute, au point de disparaître par endroits, et des visiteurs se retrouvent régulièrement piégés sous la falaise d’Amont, entre la mer qui monte et la paroi qui ne se grimpe pas. J’ai vu, un après-midi, un maître-nageur rappeler à l’ordre un groupe de jeunes installés trop loin sous la falaise alors que l’eau commençait à remonter vite sur ce secteur en pente douce. Ce n’est pas une anecdote isolée : la mairie affiche des horaires de marée à l’entrée de la plage, et je conseille de les regarder vraiment avant de s’installer, pas seulement de les croiser du regard.

Un pêcheur à pied, croisé sur les rochers au pied de la falaise d’Aval, m’a résumé la règle en une phrase : on ne discute pas avec la marée, on la précède toujours d’une bonne heure. Depuis, je pars systématiquement en descendant.

Au-delà du risque de marée, il y a aussi celui des éboulements, réguliers sur cette côte de craie tendre appelée la Côte d’Albâtre. Ce n’est pas une légende locale : des pans entiers de falaise se détachent régulièrement, parfois sans signe annonciateur visible, et la craie blanche fraîchement exposée qu’on aperçoit à la base de plusieurs parois témoigne d’un effondrement récent. Je suis restée éloignée du pied immédiat des falaises, et j’invite à faire de même, même quand la tentation de la photo rapprochée est grande.

Le sentier du haut, vers la Chapelle Notre-Dame-de-la-Garde et au-delà

C’est en réalité le sentier du haut qui donne tout son sens à Étretat. Depuis la falaise d’Amont, on longe la petite chapelle Notre-Dame-de-la-Garde puis on continue vers un ancien monument dédié à la traversée transatlantique de Nungesser et Coli, avec une vue en plongée sur l’arche et l’Aiguille qui se découpent dans la mer. Côté Aval, le chemin grimpe plus fort mais offre, une fois en haut, un panorama continu sur les falaises qui s’étirent vers le sud, vers Yport et au-delà.

J’ai marché ce jour-là un peu plus de deux heures en tout, sans forcer, en m’arrêtant souvent pour regarder l’eau changer de couleur avec les nuages qui filaient. Le vent, sur ce plateau dégagé, est presque toujours présent, même quand la baie en contrebas semble calme. J’ai croisé sur ce tronçon quelques pêcheurs qui installaient leurs cannes tout au bord du plateau, à des endroits qui m’ont semblé bien trop proches du vide pour que je m’y attarde longtemps moi-même.

Yport et Vaucottes, deux étapes plus tranquilles

Pour qui a le temps de continuer, le GR21 relie Étretat à Fécamp en longeant la Côte d’Albâtre, et deux étapes intermédiaires méritent le détour : Yport, petit village de pêcheurs resté simple, avec une plage de galets bien plus calme que celle d’Étretat, et Vaucottes, un hameau niché dans un vallon qui débouche directement sur la mer, presque confidentiel. J’ai poussé jusqu’à Yport sur une demi-journée, et j’y ai trouvé exactement ce que je cherchais après la foule du matin : un front de mer sans attraction particulière, juste des bateaux tirés sur les galets et quelques habitants qui discutaient tranquillement.

Le sentier entre Étretat et Yport passe par un vallon boisé avant de redescendre brutalement vers le village, avec une vue qui se dégage d’un coup sur les toits et le clocher tassés au fond de leur combe. Vaucottes, plus loin, se mérite davantage : il faut quitter un moment le tracé principal du GR21 pour descendre vers ce hameau resserré, presque sans commerce, où quelques maisons de pêcheurs regardent directement l’eau sans digue ni promenade aménagée entre elles et la mer. J’y ai croisé un couple de retraités du village qui montait chercher du pain à Vattetot, plus haut sur le plateau, et qui m’a confirmé ce que je commençais à comprendre : sur cette partie de la côte, la vie continue à un rythme qui doit peu au tourisme d’Étretat, à quelques kilomètres à peine.

Ce que je conseille si vous n’avez qu’une journée

Si le temps manque, je recommande de sacrifier la plage d’Étretat elle-même plutôt que les sentiers du haut. La vue depuis la falaise d’Amont ou d’Aval vaut largement plus que la photo depuis les galets, et elle évite le risque de marée. Je conseille aussi d’arriver tôt, avant l’afflux de la mi-journée, et de prévoir de bonnes chaussures : le sentier du haut est en herbe, parfois glissant après la pluie, et le vent y est plus fort qu’on ne l’imagine depuis le village.

  • Accès : train jusqu’au Havre ou à Bréauté-Beuzeville, puis car pour Étretat ; pas de gare directe dans le village.
  • Vérifier les horaires de marée affichés en bas de la falaise d’Amont avant toute descente sur les galets.
  • Privilégier les sentiers du haut, moins fréquentés et sans danger d’éboulement immédiat.
  • Pour prolonger la marche : viser Yport, à environ deux heures de marche par le GR21.

Je suis repartie d’Étretat un peu surprise d’avoir failli, la première fois, m’arrêter à la carte postale. La vraie côte commence une fois qu’on a grimpé, et c’est elle qui reste en mémoire longtemps après la photo. Ce qui me frappe, en y repensant, c’est le contraste entre les deux vitesses de ce même village : celle de la promenade en bas, dense et pressée, et celle du plateau en haut, où le temps semble s’étirer dès qu’on prend un peu d’altitude. Je crois que c’est ce contraste, plus que les falaises elles-mêmes, qui donne à Étretat sa vraie identité.

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