Forme en voyage

Manger correctement quand on vit dans les gares

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Il y a une scène que j’ai vécue des dizaines de fois en accompagnant des groupes de randonneurs : dix minutes avant un train, tout le monde fouille son sac à la recherche de quelque chose à manger, et personne ne trouve rien de convenable. On finit par acheter ce qui traîne dans le distributeur du quai, et on le regrette une heure plus tard. Ce n’est pas un manque de volonté, c’est un manque d’anticipation, et je l’ai autant vécu moi-même que je l’ai observé chez les autres.

Le vrai problème, ce sont les trous

En voyage, on ne saute pas un repas parce qu’on n’a pas faim. On le saute parce que le train est parti à onze heures, que la correspondance à Montpellier laisse à peine vingt minutes, et que le prochain arrêt digne de ce nom est trois heures plus tard. Ces trous entre deux repas sont le vrai ennemi, bien plus que le contenu de l’assiette elle-même. J’ai vu des personnes tenir une matinée entière de marche sur un café bu debout à six heures, et arriver à midi complètement à plat, pas parce qu’elles avaient mal mangé, mais parce qu’elles n’avaient rien mangé depuis trop longtemps.

Ma règle, depuis des années, est simple : je ne pars jamais d’une gare ou d’un point de départ de randonnée sans avoir quelque chose de solide sur moi, même si je pense ne pas en avoir besoin. Un morceau de pain, un fruit, quelques fruits secs. Ce n’est pas un repas, c’est une assurance contre le trou de trois heures qu’on n’avait pas prévu.

Ce que j’emporte presque toujours

  • Du pain acheté la veille, qui tient bien mieux le voyage que la plupart des biscuits emballés
  • Un fruit qui ne s’écrase pas dans un sac, une pomme plutôt qu’une pêche
  • Un peu de fromage sec ou de saucisson, acheté au marché plutôt qu’en supérette de gare

Les marchés valent le détour

Quand un trajet le permet, j’essaie toujours de passer par un marché plutôt que par la boulangerie la plus proche de la gare. Je me souviens d’une escale à Cahors, un mardi matin, entre deux trains, où j’ai trouvé un marché en plein centre, à dix minutes à pied de la gare. J’y ai acheté de quoi tenir la journée pour beaucoup moins que ce qu’aurait coûté un sandwich sous vide, et surtout, la nourriture était bien meilleure et bien plus rassasiante. Ce détour a changé toute ma journée de marche qui suivait, parce que je suis arrivée sur le sentier avec de quoi tenir jusqu’au soir sans avoir à grignoter n’importe quoi en cours de route.

Ce n’est pas toujours possible, je le sais bien. Certaines correspondances ne laissent aucune marge. Mais dès que le trajet offre une heure ou plus entre deux étapes, je considère que c’est du temps pour manger correctement, pas du temps mort à combler avec le téléphone sur un banc.

Arriver tard, et manger quand même

Les soirées d’arrivée tardive sont un autre piège classique. On arrive à vingt et une heures dans un gîte après une longue journée de transport, la cuisine est fermée, et on se contente de ce qu’il reste dans le sac. J’ai appris à anticiper ces soirs-là en gardant toujours de quoi faire un vrai repas froid, même simple, plutôt que de me résigner à quelques biscuits avant de dormir. Un repas froid mais complet, avec du pain, une protéine simple et un légume qui se garde bien, comme une carotte ou un morceau de fenouil, vaut largement mieux qu’une soirée passée le ventre presque vide avant une nuit qui doit déjà réparer beaucoup de choses.

Un repas simple mais pris au bon moment fait plus pour la journée du lendemain qu’un bon repas pris trop tard ou pas assez.

Boire, et pas seulement quand on marche

Je fais aussi attention à l’eau dans les trajets, pas seulement sur les sentiers. Un compartiment de train chauffé, une correspondance qui traîne en plein soleil sur un quai, et on se retrouve déshydratée sans même avoir marché un kilomètre. Je garde toujours une gourde vide sur moi en partant, pour pouvoir la remplir dans les gares qui ont des fontaines, plutôt que de dépendre des distributeurs, qui coûtent cher et qu’on ne trouve pas toujours au bon moment.

Les distributeurs et les compromis raisonnables

Je ne suis pas contre les distributeurs de gare par principe. Il y a des jours où le trajet ne laisse aucune autre option, où le train part dans huit minutes et où le seul choix possible se trouve derrière une vitre en plastique. Dans ce cas, j’essaie au moins de choisir quelque chose qui contient un peu de matière, une barre de céréales plutôt qu’un paquet de bonbons, un jus plutôt qu’une boisson uniquement sucrée. Ce n’est pas une victoire, c’est une solution de dépannage, et je fais la différence entre les deux dans ma tête pour ne pas en faire une habitude installée sur la durée d’un voyage de plusieurs jours.

Ce qui m’aide surtout, c’est de ne jamais laisser le distributeur devenir le plan principal. Tant que j’ai encore du pain et un fruit dans le sac, je garde le distributeur pour les vrais imprévus, pas pour la paresse du moment où je n’ai pas envie de fouiller mon sac.

Ce que le terrain m’a appris

Sur les sentiers, on apprend vite que le corps ne pardonne pas les erreurs de ravitaillement. Une randonneuse du groupe, un jour de montée vers un refuge du Queyras, avait sauté le déjeuner en pensant tenir jusqu’au dîner. Elle a dû s’arrêter à mi-parcours, pas gravement, mais suffisamment pour ralentir tout le groupe et pour qu’elle finisse la montée fatiguée bien plus que nécessaire. Ce genre d’épisode m’a appris que manger correctement en voyage n’est pas une question de gourmandise ou de confort, c’est une question de tenir la distance, au sens propre.

Je ne prétends pas avoir une méthode parfaite. Il y a des jours où je mange mal, où je me contente d’un sandwich acheté à la va-vite parce que le temps a manqué. Mais j’essaie, autant que possible, de ne jamais laisser passer plus de quatre ou cinq heures sans rien manger de consistant, et de toujours avoir sur moi de quoi tenir si les choses ne se passent pas comme prévu. C’est une discipline modeste, mais elle change beaucoup de choses sur la durée d’un voyage.

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