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La première fois que j’ai marché le long de la Volane, à Vals-les-Bains, j’ai mis un moment à comprendre pourquoi le village me semblait si calme un vendredi de juillet. Pas de foule, pas de files, juste des façades Belle Époque un peu fatiguées le long d’une rivière étroite et des gens assis sur des bancs, seuls ou en couple, comme s’ils attendaient quelque chose. Je suis arrivée avec l’idée qu’un « village thermal » ressemblait forcément à une carte postale figée dans les années 1900. Je suis repartie deux jours plus tard avec une image plus juste : un lieu qui vit encore de cette eau, mais discrètement, sans grand spectacle.
Le trajet, sans train jusqu’au bout
L’Ardèche est l’un des rares départements français sans ligne voyageurs, et ça change la façon dont on pense l’accès. J’ai pris le TGV jusqu’à Valence, puis un car régional pour rejoindre Aubenas, et enfin une correspondance courte jusqu’à Vals-les-Bains, à quelques kilomètres. Le dernier tronçon serpente dans les gorges, entre châtaigniers et murets de pierre sèche, et c’est là que j’ai senti le paysage changer de nature : moins de circulation, plus de silence, une lumière plus verte. Compter une bonne demi-journée de trajet depuis Paris si on enchaîne bien les correspondances, davantage si on part de plus loin. Ce n’est pas un endroit où on passe par hasard, il faut vouloir y aller.
La source intermittente, ce qu’on voit vraiment
Le cœur du village, c’est la source Vivaraise, une source d’eau gazeuse qui jaillit par intermittence dans un petit pavillon au bord de la rivière. Je m’attendais à un jet spectaculaire façon geyser islandais. En réalité c’est plus modeste : un jaillissement qui monte à hauteur d’homme puis retombe, selon un cycle qui n’est pas parfaitement régulier. J’ai attendu vingt bonnes minutes assise sur les marches avant de la voir se déclencher, entourée de deux familles qui faisaient la même chose. Il y a quelque chose d’assez beau dans cette attente collective, sans écran, sans notification, juste des gens qui regardent un point d’eau en espérant le bon moment.
Une habitante croisée sur le pont m’a dit qu’elle venait voir la source « comme on va voir un ami qu’on connaît depuis toujours, sans grande attente, juste pour le plaisir d’être là au bon moment ».
Une matinée dans les thermes du village
J’ai réservé une matinée dans l’établissement thermal du village, davantage tourné vers la détente que vers les cures médicalisées longues qu’on y pratique traditionnellement. L’eau y est différente de ce que je connaissais dans les Pyrénées : plus légère, presque pétillante en surface dans certains bassins, avec une odeur minérale discrète plutôt que soufrée. Le bâtiment mêle une aile ancienne, un peu sombre et carrelée à l’ancienne, et des espaces rénovés plus lumineux donnant sur un parc. J’ai alterné entre un bassin intérieur tempéré et un moment assise dehors, enveloppée dans un peignoir, à écouter les pins parasols bouger.
- Un maillot de bain simple, les bassins n’imposent pas de tenue particulière au-delà du classique
- Des sandales antidérapantes, le carrelage ancien est glissant par endroits
- De quoi lire ou ne rien faire, le rythme sur place est volontairement lent
- Une bouteille d’eau, l’air y est sec même quand le corps est immergé
Le village autour de l’eau
Une bonne partie de mon séjour s’est passée hors des bassins, à marcher dans le village lui-même. Vals-les-Bains a gardé un casino Belle Époque assez imposant pour la taille de l’endroit, aujourd’hui davantage tourné vers des concerts et des expositions que vers les jeux, et un parc thermal planté de cèdres et de séquoias centenaires où les habitants viennent lire le journal sur des bancs de pierre. J’ai croisé plus de retraités que de familles, ce qui donne au village un rythme particulier, presque celui d’un dimanche permanent. Le marché du samedi matin, installé sur la place principale, m’a semblé plus animé que les rues thermales elles-mêmes, avec des producteurs de châtaignes et de fromage de chèvre venus des hameaux alentour. J’ai aussi suivi un sentier balisé qui grimpe derrière le village jusqu’à un point de vue sur les toits et la vallée de la Volane, une petite heure de marche avec un dénivelé modeste mais suffisant pour sentir les mollets tirer, utile pour compléter une journée où le reste du temps se passe assis ou immergée.
Le soir, les rues se vident tôt. J’ai dîné dans une petite auberge du centre, presque seule dans la salle, et j’ai eu l’impression que le village entier respirait au même rythme lent que sa source : un jaillissement d’activité au marché du matin, puis un long calme jusqu’au lendemain. Ce contraste entre l’agitation ponctuelle et le silence prolongé est, je crois, ce qui caractérise le mieux Vals-les-Bains par rapport à d’autres stations thermales plus continûment animées.
À qui ça convient
Ce n’est pas un lieu pour qui cherche de l’agitation ou un spa nordique avec plusieurs bassins spectaculaires enchaînés. Vals-les-Bains convient à qui veut ralentir sur deux ou trois jours, marcher un peu dans le village, s’asseoir près de l’eau, et accepter qu’une bonne partie du plaisir tienne dans des choses simples comme regarder une source jaillir. Les familles avec de jeunes enfants risquent de trouver le temps long, il n’y a pas d’attraction au sens propre. En revanche, pour quelqu’un qui sort d’une période de travail intense et qui a besoin d’un endroit sans grand programme, c’est exactement le bon format. Je ne recommanderais pas d’y aller pour une seule journée compte tenu du trajet, le rapport effort d’accès et temps sur place ne serait pas favorable. Deux nuits sur place me semblent un minimum raisonnable pour amortir le temps passé en car et en train.
Ce que ça a changé, le lendemain
Je ne vais pas prétendre que l’eau de Vals a réglé quoi que ce soit sur le plan physique, je ne suis pas en mesure d’en juger et ce n’est de toute façon pas ce que je cherchais. Ce que j’ai remarqué, en revanche, c’est que j’ai dormi d’une traite pour la première fois depuis des semaines, sans doute autant à cause du rythme lent de la journée que de l’eau elle-même. Le lendemain matin, j’ai marché jusqu’à la source une dernière fois avant de reprendre le car pour Aubenas, et j’ai eu la chance de la voir jaillir tout de suite, comme un signe de départ bien placé. J’étais fatiguée du trajet retour qui m’attendait, mais d’une fatigue tranquille, pas celle avec laquelle j’étais arrivée. C’est peut-être ça, finalement, ce qu’un village comme celui-ci peut offrir : pas une transformation, juste une parenthèse honnête, sans promesse, où on regarde une source respirer et où, pour une fois, on n’est pressée par rien.


