Thermes & sources

Ourense, le jour où le plan a changé au bord du Miño

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Je suis arrivée à Ourense sous une pluie fine, le genre qui ne mouille pas vraiment mais qui finit par tout tremper si on l’ignore trop longtemps. J’avais prévu une après-midi précise : poser mon sac, marcher jusqu’aux bassins d’Outariz au bord du Miño, m’y installer avant le coucher du soleil. Rien de tout cela ne s’est passé comme prévu, et c’est justement ce jour-là que je retiens le plus de mon passage en Galice.

Le trajet depuis la France

Rejoindre Ourense sans avion demande un peu de patience. J’ai pris un train jusqu’à Hendaye, traversé la frontière à pied jusqu’à Irun côté espagnol, puis enchaîné les correspondances ferroviaires vers le nord-ouest de l’Espagne jusqu’à la gare d’Ourense, sur la ligne qui relie Madrid à Vigo. Comptez une journée entière de trajet, avec au moins deux changements, et acceptez l’idée que les horaires espagnols ne collent pas toujours parfaitement entre eux. J’étais épuisée en descendant du dernier train, avec cette fatigue particulière des longues journées de correspondances, celle où on ne sait plus très bien depuis combien d’heures on est assise.

As Burgas et les bassins d’Outariz

Ourense a une particularité que je ne connaissais pas avant d’y aller : l’eau chaude y sort directement en pleine ville, à la fontaine d’As Burgas, brûlante au point qu’on ne peut pas y tremper la main plus d’une seconde. Un peu plus loin, le long du Miño, les bassins d’Outariz mélangent cette eau de source à l’eau plus fraîche du fleuve, dans une série de vasques en pierre ouvertes sur le paysage, sans mur, sans plafond. C’est un rapport à l’eau chaude complètement différent de ce que j’avais connu ailleurs en France : pas de bâtiment thermal, pas de peignoir, juste une promenade en bord de fleuve où, à un moment donné, on descend dans l’eau comme on descendrait dans une rivière un peu plus tiède que la normale.

Ce qui m’a frappée en premier, c’est le contraste de température entre les différentes vasques selon leur distance à la source. Certaines, proches de l’arrivée d’eau chaude, restent presque immobiles et laissent une fine vapeur monter même par temps humide. D’autres, plus proches du courant du Miño, se rafraîchissent au gré du niveau du fleuve et changent d’intensité d’un jour à l’autre. Une habituée m’a expliqué que les gens du quartier ont chacun leur vasque préférée, selon la saison et selon l’humeur, un peu comme on aurait sa table habituelle dans un café. Je n’avais jamais pensé à des bassins d’eau chaude comme à un lieu qu’on pouvait fréquenter avec une telle familiarité, presque domestique, loin de l’idée d’excursion ponctuelle que je m’en faisais avant de venir.

Le jour où rien ne s’est passé comme prévu

J’avais calculé mon après-midi pour arriver à Outariz avant la tombée du jour, en marchant depuis le centre-ville le long du fleuve. Sauf que la pluie s’est renforcée juste au moment où je quittais l’hôtel, et le chemin que j’avais repéré sur la carte s’est révélé coupé par des travaux sur une passerelle. J’ai dû faire un détour d’une bonne demi-heure, trempée, avec mes affaires de bain qui prenaient l’eau dans un sac qui n’était clairement pas étanche. Quand je suis enfin arrivée aux bassins, la lumière du jour déclinait déjà et l’endroit était beaucoup plus fréquenté que je ne l’avais imaginé, des groupes d’habitants du coin qui semblaient tous se connaître, installés là comme dans leur salon.

Avant d’arriver aux bassins, j’avais traversé le vieux centre d’Ourense, avec sa cathédrale romane et ses arcades de pierre où les commerçants rentraient précipitamment leurs étals à cause de la pluie. Je m’étais arrêtée un instant sous un porche pour éponger mon sac, entourée d’habitants qui semblaient trouver la pluie parfaitement normale et continuaient leur chemin sans se presser davantage. C’est à ce moment que j’ai compris que mon calcul d’horaire, pensé depuis mon appartement en France des semaines plus tôt, n’avait plus grand sens une fois sur place. La ville avait son propre rythme, indépendant du mien, et il fallait s’y ajuster plutôt que d’essayer de le forcer.

Un homme assis à côté de moi dans le bassin le plus proche du fleuve m’a dit, en voyant ma tête un peu dépitée : « Ici personne ne vient pour que ça se passe comme prévu, on vient pour ce qui se passe à la place. »

Sur le moment, sa phrase m’a presque agacée tant j’étais frustrée par ma journée ratée. Avec le recul, je pense qu’il avait raison.

Ce que la soirée est devenue

Je n’ai finalement pas eu mon coucher de soleil sur l’eau, la pluie et les nuages bas s’en sont chargés. En revanche, je suis restée bien plus longtemps que prévu, parce que la conversation avec mes voisins de bassin, un mélange d’Espagnol approximatif et de gestes, a fini par occuper toute la soirée. Une femme m’a expliqué que sa famille venait ici depuis des générations, pas pour une occasion particulière, simplement parce que c’était le rituel du soir en hiver comme en été. Je suis rentrée à l’hôtel largement après la tombée de la nuit, trempée deux fois plutôt qu’une, mais avec une soirée dont je n’aurais jamais eu l’idée si mon plan initial s’était déroulé sans accroc.

Ce que j’en retiens

Je ne dirai pas que l’eau chaude d’Outariz a un effet particulier sur le corps, je n’en sais rien et ce n’est pas mon rôle d’en juger. Ce dont je suis sûre, c’est que la version de ma soirée qui a raté son horaire a été bien meilleure que celle que j’avais imaginée sur le papier. Pour qui envisage ce trajet depuis la France, je dirais que ça convient surtout à quelqu’un capable de lâcher un peu son calendrier : les bassins sont ouverts, publics, mélangés à la vie du quartier, sans la mise en scène qu’on trouve dans un établissement thermal fermé.

  • Un sac réellement étanche pour les affaires de bain, la pluie galicienne ne prévient pas toujours
  • Des chaussures qui sèchent vite, la promenade au bord du Miño se fait en partie sur des pavés glissants
  • Assez de temps sur place pour absorber un imprévu, deux nuits minimum si le trajet vient de loin
  • Un peu d’espagnol de base, la conversation avec les habitués fait une grande partie de l’expérience

Le lendemain, avant de reprendre le train vers le nord, je suis repassée par As Burgas en pleine journée, sans personne autour, et j’ai regardé la vapeur monter de la fontaine dans l’air frais du matin. Ce n’était pas le moment que j’avais prévu de vivre, mais c’était devenu, sans que je l’aie cherché, celui dont je me souviendrai le plus longtemps de tout mon passage en Galice.

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