Cabanes & refuges

Cabane de Susanfe, la halte avant les Dents-du-Midi

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La cabane de Susanfe, dans le Chablais valaisan, n’est pas un endroit où l’on arrive par hasard : il faut vouloir y aller, marcher plusieurs heures pour l’atteindre, et accepter de dormir à plus de deux mille mètres au pied des Dents-du-Midi. J’y suis montée depuis Salvan un été où j’avais besoin de tester mes propres limites plus que de faire du tourisme, et j’en suis redescendue avec une idée assez claire de ce qui rend une nuit en cabane vraiment confortable, ou pas.

Comment j’y suis arrivée, depuis la gare de Salvan

J’ai pris le train jusqu’à Salvan, sur la ligne qui relie Martigny à Chamonix, un trajet agréable qui longe la vallée du Trient avant de grimper doucement vers le village. De là, le sentier part vers le Van d’Arbignon puis remonte le long du torrent en direction du col de Susanfe, dans un décor qui devient de plus en plus minéral à mesure qu’on prend de la hauteur. C’est une longue montée, plusieurs heures de marche avec un dénivelé conséquent, largement plus que ce que je fais habituellement dans la même journée, et j’ai dû m’arrêter souvent pour manger et boire plus que d’habitude.

Le sentier n’est jamais dangereux, mais il demande un pied sûr sur la fin, quand les cailloux remplacent l’herbe et que le vent se met à souffler plus fort. Je suis arrivée à la cabane fatiguée, les jambes lourdes, avec la sensation d’avoir vraiment mérité le repas du soir, ce qui n’est pas toujours le cas quand on rejoint un refuge en fin d’après-midi sans avoir forcé.

Réserver une cabane gardée en Suisse, ce que j’ai appris

Contrairement à certains refuges français que je connaissais déjà, la cabane de Susanfe fonctionne sur un système de réservation géré par le club alpin local, et il vaut mieux prévenir à l’avance en pleine saison, surtout si on marche seule et qu’on veut être sûre d’avoir une place en dortoir plutôt qu’un coin de matelas au sol. J’avais réservé quelques semaines avant, par téléphone, en précisant le nombre de nuits et le repas du soir. Rien de compliqué, mais c’est une étape que beaucoup de randonneurs oublient, pensant qu’un refuge de montagne fonctionne toujours au fil de l’eau.

Le gardien m’a accueillie en me demandant directement mon nom de réservation, sans que j’aie besoin de le préciser, preuve que le système fonctionne bien même dans un lieu aussi isolé.

Le code de bonne conduite d’une cabane de montagne

Ce qui frappe dans ces cabanes du Chablais, c’est à quel point le respect du lieu est intégré par tout le monde sans qu’on ait besoin de le rappeler sans cesse. J’ai retenu quelques règles simples qui reviennent dans la plupart des cabanes gardées de ce type :

  • On laisse ses chaussures et ses bâtons à l’entrée, dans le local prévu à cet effet.
  • On économise l’eau, souvent limitée en altitude et acheminée avec difficulté.
  • On respecte les horaires de repas fixés par le gardien, qui cuisine pour un nombre précis de personnes.
  • On évite les lampes fortes et les conversations bruyantes après l’extinction des lumières du dortoir.
  • On redescend ses déchets, y compris les mouchoirs et les emballages, rien ne se jette sur place.

Le gardien m’a résumé ça d’une phrase, en désignant la montagne par la fenêtre : « ici, personne ne vient nettoyer derrière vous, alors on fait attention. » Une évidence, mais qui prend un tout autre poids quand on est à plusieurs heures de marche du premier village.

Confort réel : ce à quoi s’attendre, et ce qu’on peut laisser à la maison

Je pense qu’il faut être honnête sur le niveau de confort de ce genre de cabane : les dortoirs sont collectifs, les douches, quand elles existent, sont froides ou payantes en jetons, et le réseau téléphonique est capricieux voire absent selon l’opérateur. Ce n’est pas un problème en soi, mais mieux vaut le savoir avant de partir, plutôt que de le découvrir fatiguée après cinq heures de marche.

En revanche, la nourriture servie le soir était copieuse et bien pensée pour des randonneurs qui ont besoin de récupérer, avec une soupe, un plat chaud consistant et un dessert simple. Le petit-déjeuner du lendemain était plus léger, ce qui m’a poussée à garder quelques fruits secs dans mon sac pour la descente, une habitude que je recommande à qui prévoit une longue étape le jour suivant.

La nuit sous les Dents-du-Midi et ce qu’elle m’a laissé

J’ai dormi mieux que prévu cette nuit-là, sans doute grâce à la fatigue de la montée, malgré le froid qui s’est installé dans le dortoir vers trois heures du matin. Je me suis réveillée avant les autres, par réflexe plus que par volonté, et je suis sortie regarder les sommets encore dans l’obscurité, avec cette sensation particulière d’être minuscule face à des parois que je ne voyais qu’en ombre.

Le silence, à cette heure-là, n’était pas tout à fait total : on entendait le torrent en contrebas, régulier, et parfois une pierre qui roulait quelque part sur les pentes au-dessus de la cabane, sans qu’on sache jamais précisément d’où. Je suis restée debout un moment, les bras croisés contre le froid, avant qu’un autre randonneur ne sorte à son tour, un homme suisse venu seul lui aussi, et qu’on échange quelques mots à voix basse sur la journée qui nous attendait.

Refuge gardé ou cabane non gardée, et ce qui a changé de plan

J’avais déjà dormi, avant ce voyage, dans des cabanes non gardées où l’on paie sa nuit dans une boîte en bois et où l’on gère seule la vaisselle, le bois pour le poêle et parfois même l’eau. La cabane de Susanfe, gardée en plein été, change complètement cette expérience : on n’a plus à porter de réchaud ni de nourriture pour le dîner, ce qui allège le sac de façon très concrète sur une montée déjà exigeante. En échange, on perd un peu de cette liberté propre aux cabanes non gardées, où l’on arrive et repart à son rythme, sans horaires imposés pour les repas ni contrainte de réservation.

Je pense que le choix entre les deux dépend surtout de ce qu’on cherche sur le moment. Ce jour-là, fatiguée par la montée et un peu inquiète à l’idée de dormir seule en très haute altitude, j’étais contente de trouver un gardien, un repas chaud tout prêt et d’autres marcheurs autour de la table. Une autre fois, dans un massif que je connais mieux, je choisirais sans doute une cabane non gardée pour le silence supplémentaire que ça procure.

Le lendemain, la météo a tourné plus vite que prévu, avec des nuages qui sont montés depuis la vallée du Rhône en fin de matinée, et j’ai dû écourter la boucle que j’avais imaginée autour du col pour redescendre directement vers Champéry. Ce changement de plan, sur le moment un peu frustrant, reste aujourd’hui l’un des souvenirs les plus nets de ce séjour : la brume qui avalait les crêtes une à une, et moi qui pressais le pas sans vraiment avoir peur, juste avec l’envie de rester un peu plus longtemps dans ce silence avant de retrouver la vallée et son monde ordinaire.

En repensant à cette nuit à Susanfe, ce n’est ni le sommet des Dents-du-Midi ni la longueur de la montée que je retiens en premier, mais ce moment très simple debout devant la cabane à l’aube, le froid sur les mains, et la certitude tranquille d’être exactement là où je devais être ce jour-là.

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